Étoiles blanches et bandes noires

Publié le 06 juin 2022 par Philippe Ferretti

Nuit du 11 juillet 1943, quelque part au-dessus de la Méditerranée. Une vague de près de 150 Douglas C-47 et C-53 en provenance de Tunisie approche de la Sicile. L’île est en cours de reconquête suite à l’opération Husky - alors la plus grande opération amphibie de l’histoire – lancée dans la nuit du 9 au 10 juillet. Cependant, les contre-attaques allemandes continuent et maintiennent la tension.
Un tir isolé contre ces appareils déclenche alors une cascade de répliques de la part des forces américaines navales et terrestres, et va causer le plus grave incident fratricide de l’armée américaine, abattant 23 appareils, en endommageant 37 autres, faisant 318 victimes dont 60 tués parmi les équipages et 81 parmi les parachutistes.

Non respect des corridors de sécurité, avance sur l’horaire prévu, mauvaise diffusion de l’information, mauvaise coordination des troupes, mauvaise visibilité, erreur de reconnaissance des cibles, mauvaise authentification par les appareils eux-mêmes, non respect des consignes de tirs, fatigue des artilleurs sous pression… à différents degrés, toutes ces causes ont leur part dans cette tragédie.
De tout temps, l’identification des troupes a été une préoccupation, depuis les bannières de la cavalerie du Moyen-Âge aux cocardes de l’aviation militaire de la 1ère Guerre Mondiale. Déjà, la forme et le contraste des insignes nationaux étaient reconnus comme prioritaires sur les couleurs, faisant abandonner par exemple au Royal Flying Corps son Union Jack, prêtant à confusion avec les croix allemandes, au profit d’une cocarde ronde telle que celle utilisée par la France, puis les États-Unis. Des marquages additionnels ont également été utilisés.

Les enseignements de la catastrophe de l’opération Husky furent retenus pour l’opération Overlord, le débarquement du 6 juin 1944 en Normandie. Anticipant sur l’encombrement de l’espace aérien, la saturation du système IFF, et la grande confusion prévisible lors de l’assaut, il a été donné l’ordre d’apposer sur les ailes et le fuselage des appareils les fameuses « bandes d’invasion » blanches et noires. La consigne était simple : « S’il y a des bandes, c’est un des nôtres ; s’il n’y en a pas, on tire dessus. » Reçu tardivement au sein des unités, l’ordre a parfois été exécuté hâtivement sur le terrain, produisant certains marquages pour le moins imprécis : bords pas très droits, bandes pas très parallèles, coulures, ou autres jointures pas très nettes... À la guerre comme à la guerre !

Des bords pas très droits...

Des bandes pas très parallèles...

Des coulures...

Des jointures par très "joignantes"...

Comme tous les appareils évoluant au contact de la ligne de front, mes cousins Piper Cub d’observation et de reconnaissance œuvrant au profit des troupes au sol ont reçu ces marquages. En voici quelques exemples actuels :

Au musée "Airborne Museum" de Ste-Mère-Église :

Le D-EJIZ de l'Aéro-club Paris Nord, venu de Persan-Beaumont à un de nos Fly-In :

 

A St-André de l'Eure, en 2016, "D-Day Doll", un L-4 H venu du Danemark au rassemblement de L-Birds du 75e anniversaire du Jour-J

 

"Mistress", un L-4 A, du Danemark également, vu à Hahnweide au Old Timer Treffen de 2016 :

 

Les 3 L-4 J LN-SAI à gauche, LN-RAP au centre, et LN-SAI à droite, 3 L-4 J repartent en Norvège après le rassemblement de 2019 nous montrent l'efficacité du marquage à une certaine distance :

Le L-4 J "Special Delivery" d'abord en démonstration avec le G-AKAZ lors du Flying Legends de 2008 à Duxford, puis de face, démontrant la bonne visibilité des bandes :

 

Ce même G-AKAZ, devenu F-AYAY, lors du meeting Air Legends de 2018 à Melun :

 

Visiteur au Flying Legends de 2019, G-BILI porte le style de bandes adoptées courant juillet 1944, uniquement sur les surfaces inférieures, pour limiter le repérage par dessus une fois au sol, tout en permettant une identification rapide par dessous en vol :

 

"Miss Monica", le L-4 J G-BECN  en présentation à Duxford en 2006 :

 

 

 

 

 

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